Une vision de l’Amérique.

 

 

" Nous voulons montrer les Etats-Unis comme un pays exotique "

Les frères Coen à travers leur œuvre aiment montrer que l’Amérique est un endroit bizarre où " chacun croit être totalement libre alors qu’en réalité la plupart sont prisonniers de leurs carcans moraux, de tout un ensemble de codes et de règles ".

Du Minnesota, aux plaines du dakota, les cinéastes montrent l’aspect rural des Etats-Unis qui laisse une impression d’étrangeté, avec ces personnages sortis de nulle part, ces paysages banals et peu familiers.

Héritiés d’une longue tradition américaine (Altman, Joe Dante…), les frères Coen se révèlent des extraordinaires observateurs des secrets et des travers de l’Amérique.

Tout comme la formidable plongée dans les entrailles de l’Amérique du Blue Velvet de David Lynch, les frères Coen proposent de nous emmener dans l’autre face de l’American Way of Life, cet endroit " où les histoires invraisemblables s’avèrent vraies, alors que les histoires vraisemblables s’avèrent fausses ".

" Moi, mon patelin, c’est le Texas, et au Texas, on rame chacun pour soi ".

C’est par ces mots que débute Blood Simple, polar où les frères Coen vont souligner les valeurs traditionnellles de l4amérique. Les film va d’ailleurs entièrement s’articuler autour de la propriété privée, notion de la base du système américain. L’obsession de l’isolationnisme se retrouve tout au long du film par les multiples intrusions des personnages dans des lieux privés. Ainsi, à la fin du film, le détective crible le mur de balles avant de le transpercer avec son poing. Le replis sur soi conduit donc à une paranoïa et chaque intrusion de personnages est rendue stylistiquement dans le film par des effets propres au cinéma d’horreur (ici, l’intrusion du détective renvoit explicitement à The Shining de KUBRICK).

L’obsession du cloisonnement qui témoigne de la peur de l’Autre, est au centre même des enjeux du film. Ainsi le personnage féminin Abby est elle même percue comme une propriété privée par son mari et son amant. Abby se trouve en effet constament réduite au rang de femme objet, proie des désirs de possession. Malgré sa volonté de liberté, Abby n’arrivera pas à se sortir du conservatisme ambiant.

Les deux cinéastes aiment donc confronter leur personnage au système américain. Ainsi, dans Arizona Junior, le couple qui kidnappe un bébé veut tenter de correspondre au modèle publicitaire, les Coen tournent ici en dérision le consumérisme et la tyrannie de la norme. C’est pourquoi tous les personnages d’Arizona Junior sont aliénés par leurs rêves façonnés par le Télé-achat et la publicité. Dans cette vision du consumrisme américain, même le bébé est livré avec un mode d’emploi et des couches de rechanges.

Dés lors, le héros des Coen se trouve enfermé dans une société figée par les règles, il s’aliène peu à peu jusqu’à se détruire. L’exemple le plus frappant se trouve dans Le Grand Saut où les frères Coen attaquent le capitalisme.

Dans ce film, les cinéastes vont démontrer tous les rouages du système capitaliste à travers un jeune benêt propulsé à la présidence d’une grande entreprise. A travers son ascension, les frères Coen auscultent le système boursier où tout n’est qu’artificiel et ou chaque personnage est un rouage déshumanisé de l’économie. Le capitalisme est donc présenté comme une énorme machine (symbolisé dans le film par les mécanisme d’horlogerie omniprésent) qui brise l’individu. La première victime sera bien sur le héros devenu au terme d’un illusoire Happy End, patron de HUDSUCHER, et destiné lui aussi à se suicider au moindre soubresaut de la bourse. Comme son prédécesseur, il sera remplacé sans la moindre pitié par le conseil d’administration…le fameux mythe american dream étant à ce prix Le Grand Saut ne décrit qu’une société où l’organisation économique s’est substituée aux lois naturelles. C’est selon la loi du marché, les relations économiques, que la société avance ou stagne. Ainsi la création du Hoola-Hoop, objet simple et fascinant devient un gadget commercialisé, rationnalisé par la publicité (cf., étude de séquence). Le symbole de ce système est contenu dans ce gadget inutile dont la masse raffole, inventé par pur hasard.

L’un des autres travers de l’Amérique dénoncé par les frères Coen est Hollywood.

Dans Barton Fink, les deux frères explorent la place de l’artiste dans la société. Auteur de théâtre, Barton est engagé à Hollywood pour écrire un scénario de série B. Seul face à sa machine à écrire, reclu dans une chambre d’hôtel, Barton perd tous ces repères. L’artiste prétentieux devient donc un simple exécuteur d’un major, mais il est incapable d’accomplir sa mission.

Dés lors, Barton Fink n’est que le terrible constat d’une société où l’artiste est contraint de se vendre et de perdre son principal moteur : la création.

De ce fait, les gros producteurs hollywoodiens arrogants de Barton Fink font écho aux capitalistes du Grand Saut. Mais ce constat d’aliénation du créateur, n’est-il pas une interrogation personnelle des frères Coen sur leur parcourt ?

En effet, 3 ans avant Barton Fink les frères Coen connaissent l’échec à Hollywood avec Le Grand Saut.

Fargo se veut donc le retour à la page blanche, cela n’est pas un hasard si Barton Fink s’achevait sur l’image d’une mouette s’abattant sur la mer, alors que Fargo débute par l’envol d’un oiseau dans la brume.

Retour à l’Amérique profonde, mais également constat personnel sur leur rôle d’indépendants au sein de l’industrie cinématographique.

 

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