La mise en scène.

 

 

 

Pour retranscrire leur univers complexe, les frères Coen utilisent une mise en scène très inventive et très ludique.

Une caméra qui plonge littéralement dans l’intimité des personnages, dans leur intérieur. Les cinéastes utilisent ainsi des série de trompe l’œil qui traduisent progressivement l’égarement des personnages : page blanche et plafond dans Barton Fink, ventilateur dans Blood Simple en fondus enchaînés. La caméra aime s’immiscer dans l’intimité de ses personnages, explorer les fissures de l’âme humaine comme dans Barton Fink ou quand elle s’enfuit dans l’intérieur d’un lavabo.

Le cinéma des frères Coen est avant tout un jeu et la dimension ludique de leur mise en scène est parfaitement assumée.

Ainsi, dans Blood Simple, la caméra opère un travelling avant sur le comptoir du bar en prenant soin d’éviter un client effondré.

La base du cinéma des frères Coen, c’est donc le mouvement, avec ces longs travelleings, le mouvement et la grâce. Peu importe la logique, la mise en scène des frères Coen est à l’image de leur univers, constamment sur le fil du rasoir, entre imaginaire et réel. C’est pourquoi à l’intérieur de leurs films, les deux frères adorent injecter des petits intermèdes oniriques où la caméra délaisse l’intrigue et les personnages, pour admirer le chaos organisé que constitue leur univers. C’est ainsi qu’une partie de bowling devient une extraordinaire métaphore sur le cinéma des frères Coen : telles des quilles, les personnages sont propulsés n’importe où mais reviennent inlassablement à leur place.

Car l’action prendre avec les cinéastes une vitesse supersonique comme dans la séquence finale de Barton Fink. La caméra arrive à toute allure sur les personnages comme elle peut s’attarder sur des détails superflus. Ce cinéma est avant tout une affaire de rythme, un souci permanent de ne pas briser la continuité (voir les raccords dans le mouvement sur le visage d’Abby dans Blood Simple). Mais comme pour mieux brouiller les traces, et après le surplus formaliste du Grand Saut, les frères Coen ont décidé dans Fargo d’approfondir une voie déjà explorée dans Miller’s Crossing dans laquelle la caméra se veut un témoin éloigné des personnages.

Comme pour mieux observer l’absurdité du monde, les frères Coen prennent du recul, et ne filment que l’essentiel en prenant le risque d’ellipses déroutantes. Après Fargo, on aurait pu croire à un tournant stylistique des deux frères, et pourtant The big Lebowski, sorti un an après, marque le retour à un style plus proche de Blood Simple et d’Arizona Junior.

Une seule conclusion à en tirer, les frères Coen ne font pas dans le stylisme gratuit ( ce que l’on a souvent reproché au Grand Saut), chez eux, c’est le fond qui dicte la forme au prix de changements déroutants.

L’utilisation du son est également remarquable, les deux frères aiment jouer avec les bruitages comme dans Barton Fink où chaque personnage qui apparaît s’est d’abord caractérisé par un son hors champ (vomissement de l’écrivain alcoolique, cris étouffés d’Helmut).

Le travail sur le son permet au spectateur de se glisser derrière les cloison, de pénétrer dans l’intimité d’un couple.

Mais impossible de parler des frères Coen sans évoquer le nom de leur compositeur Carter Burwel. En écrivant le piège des musiques trop illustratives, les thèmes redondants et lancinant de Carter Burwel font partie intégrante de l’univers des frères Coen. Très présente, cette musique contribue à accentuer la part de mystère des films. En se mêlant aux bruits d’ambiance, elle exprime le doute, l’angoisse des personnages.

 

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