Etude des personnages

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Ada (Holly Hunter)

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Ada, personnage - clef de ce film, est une femme introvertie, comme s’éloignant volontairement du monde extérieur. Le regard de la femme qu’elle réveille en pleine nuit – à cause de son piano – au début du film laisse en suspens l’absence de communication ; en témoigne aussi son refus de communiquer avec Baines dans la première partie, et avec son mari (dans ce cas, jusqu’à la fin). Dès la première image même, on comprends son introversion nous est donnée à être entendue : les mains d’Ada, où seule une lumière solaire vient comme en filigrane entre les doigts fins, nous montre sa volonté de se cacher et de s’isoler du monde.

Dans cette optique, l’arrivée en masse des autochtones et de son mari sur la plage – avec aussi la présence de Baines – ne pouvait que la rebuter. De même, elle s’écarte des activités enjouées de Tante Morag, de Nessie et d’un révérend tout euphorique et exalté – habillé de façon sûrement cynique par Jane CAMPION avec la robe de mariée d’Ada.

Sans aucun doute, dans cette volonté de s’exclure, dans ce refus de communiquer réside également le mutisme de cette femme. Elle ne parle donc qu’au travers de son piano, moyen qu’elle aura pu préféré pour exprimer ses élans d’âme ( selon Michael Nyman, auteur des musiques, il a voulu composer des musiques que cette femme du XIXème siècle aurait elle-même pu composer ). L’idée est corroborée par les dires des personnages : Ada avoue être muette depuis l’âge de six ans, et son mari, discutant avec Baines nous apprends qu’ " elle joue très bien depuis qu’elle a cinq ou six ans ".

Elle est donc fragilisée quand elle doit quitter son piano, petit point dans le paysage. Le piano – en plus filmé en légère plongée – est alors infinitésimal sur sa plage mouvementée, et on sait alors qu’Ada est fragilisée. Baines en ramenant le piano, va lui rendre ainsi une force qu’elle avait perdue.

Le premier plan, évidemment point de vue d’Ada, n’est pas seulement présent pour nous montrer sa volonté de s’isoler de ceux qui l’entourent. On sait alors également que l’on va suivre le film dans l’esprit d’Ada, en plus accompagnées de sa "voix intérieure ".

On peut donc dire, en quelque sorte, que La leçon de piano est le portrait d’une femme…Un film féministe ? difficile à dire, en tout cas, il s’agit du film d’une femme – Jane CAMPION – sur une autre femme – Ada – voire même, sur elle-même ! La vie d’Ada ne passe que par l’art – plus particulièrement par son piano – et elle est même, pourrait-on dire, contrôlée par l’art, à l’égale donc de Jane CAMPION, en quelque sorte toutes les deux communiquent par-dessus tout par le biais de l’art : Ada ne peut communiquer que par son piano, comme Jane CAMPION ne peut communiquer que par sa caméra ? .

De ce fait, l’introversion d’Ada répondrait-elle à une introspection de Jane CAMPION ?…

Malgré ce replis sur lui-même du personnage, elle agit en femme forte, décidée, qui sait prendre des initiatives, pour récupérer son piano par exemple. Baines dit d’elle que leur marché à fait d’elle une pute, mais ce marché montre surtout une certaine force de caractère, en tout cas une obstination indéniable d’Ada pour accepter ce marché – et récupérer son piano. Ada tient souvent tête à ceux qui l’entourent, à Morag et Nessie par exemple (cf. analyse de son mari), au capitaine de la frêle embarcation qui l’emmène sur la plage au début du film, et à son mari surtout : au sujet du piano qu’elle veut récupérer, au début du film, au sujet de quelques faveurs qu’elle lui refuse. Surtout, dans l’introduction, elle raconte que "mon père dit que je suis si têtue que quand je déciderai de ne plus respirer, je mourrai " (ce qui est aussi sans doute révélateur de sa noyade dans la mer : cf. La prédestination dans The Piano ).

CAMPION a doté son personnage d’un caractère relativement freudien car elle semble surtout intéresser par le côté charnel et sensuel de l’homme qui devient pour elle une sorte d’homme objet, assez évident dans les relations avec son mari (cf. analyse du style de La leçon de piano).

Ce personnage est la preuve également des paradoxes des arcanes humains : alors qu’elle pense exécrer, avoir en aversion Baines, son amour pour lui se déclare en elle quand leur pacte païen arrive à son terme, et qu’elle est donc libérée de Baines. Ada retrouve son piano, et avec lui la liberté, peut-on penser à ce moment. Mais cette liberté, qui n’est qu’illusoire, lui déplaît, sans doute avait-elle pensé que leur pacte ne cesserait jamais, mais quand la réalité apparaît, ses vrais sentiments, à ce moment précis, commencent à faire surface.

L’appartenance du piano à Baines, valait sûrement mieux pour elle que cette fausse liberté : tout de suite auprès de son mari, le piano n’est limité qu’à jouer des danses ou des chansons, auprès de Baines, le piano pouvait jouer tout ce qu’Ada désirait – la prison deviendra palpable un peu plus tard, quand Baines l’enfermera à l’intérieur…

C’est alors qu’Ada commence à devenir mélancolique, et à dénigrer son piano. La musique enjouée pendant la reprise du piano fait maintenant place à une autre mélancolique, lyrique, dans un décor où la nature n’est plus luxuriante et abondante comme prés de chez Baines, mais morte, noires, aux arbres brûlés.

Elle éprouve l’absence de Baines, et même l’absence tout court : peu après, apparemment seule chez son mari, quand elle se remet à toucher son piano, ce qu’elle joue sont des mesures qu’elle avait déjà jouées chez Baines ; elle se retourne, toujours mélancolique, comme pour rechercher sa présence.

Apparaissent aussi durant cette scène, sur le côté d’une des touches du piano les initiales " A " (pour Ada) et un " D " mystérieux (sans doute l’initiale de son premier mari), qui entourent un cœur. Ceci nous rappelle, au bout d’un deuxième visionnage du film, la pièce-enjeu du drame futur : la touche où Ada grave son amour pour Baines. Ces deux touches sont de nouvelles preuves que le piano est le mode d’expressions des sentiments d’Ada.

Concernant cet amour pour Baines, on ne peut être sûr qu’elle ne se contente plus d’éprouver son amour pour lui, mais qu’elle en a entièrement conscience quand, après avoir fait l’amour, il lui demande si cela a un sens pour elle, et, ajoutant un " M’aimes-tu ? ", elle se regarde, à la fois pensive et surprise dans un miroir – alors symbole de son individu et de ce qu’il représente au fond de lui-même – et prolonge un instant ses ébats amoureux avec lui.

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